Divagations funky au long des méandres d'un monde blogalisé

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Etagères poussiéreuses

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21Jan

Kafka on the shore

Quoi de mieux pour ce premier post de janvier que de parler de Kafka sur le rivage (Umibe ni kafuka), le dernier roman d'Haruki Murakami, un de mes auteurs fétiches. D'abord car j'aime beaucoup cet auteur et que j'ai abondamment essayé de faire partager mon plaisir à le lire, mais aussi car je donne ainsi une belle perche à mon ami Marvin pour venir s'épancher ici.

Kafka_on_the_shoreComme d'habitude chez Murakami, l'histoire se noue autour d'une trame fantastique, une pierre qui ouvre et ferme une porte et un vieillard qui parle aux chats. Cette trame va servir de support à la quête initiatique du jeune fugueur Kafka, 15 ans, et à la révolution copernicienne du moins jeune Hoshino, le tout gravitant autour d'une bibliothèque, seul élément intangible du récit, elle est ce qu'elle a l'air d'être, une bibliothèque et un lieu de paix, un lieu où le temps se ralentit aussi .

On retrouve l'ambiance mi-rassurante mi-inquiétant des romans de Murakami, des personnages qui se débrayent du cours normal de leur existence, prennent du recul et font le choix plus ou moins lucide de se transformer. Et cette transformation se conduit autant dans notre monde que dans le monde onirique, de toute manière la limite des deux mondes s'est à ce point estompé qu'il n'est plus possible de les séparer. Et finalement à quoi bon, puisque la responsabilité commence dans l'imagination ?

21Jan

Kafka on the shore

What could be better as a first post than talking about about the last Haruki Murakami novel, Kafka on the shore. By the way, for the new ones arriving on this blog, Murakamai is one my favorite writers.

Kafka_on_the_shore
As usual in Murakami books, the story is based on a fantastic thread, a stone which has the ability to open or close a door and an elder who can talk to cats. This story is the support to the initiation quest of a teeanager, called Kafka, running away from the familial house and quickly all the characters are orbiting around a library. That library is finally the only stable element of this story, the only thing which is what it looks like, it means a library and an haven of peace, but also a place where time is slowing down.

We can recognize the usual half comforting, half disquieting atmosphere of Murakami's novels, characters who choose to disengage from the natural pace of life, make a step backward and choose in a more or less aware way to change themselves (From a writer used to create such metamorphosing characters, it was finally natural to write a book called Kafka !). And this transformation is done in our world but also in a oneiric world, but anyway the limit between these two worlds is so thin and fuzzy that it is not possible anymore to separate them, to say where is the reality and where is the dream, to say who is who. But finally why should we separate these two worlds, if, like a character says, responsability begins in your imagination.

If the book is still mysterious for you, do not worry it is normal and part of the pleasure to read Muraami books. However some want to resolve all the enigma making the thread of the novel. Here is what I found on the wikipedia page about the secrets of Kafka:

After the novel's release, Murakami's Japanese publisher set up a website allowing readers to submit questions regarding the meaning of the book. 8,000 questions were received and Murakami responded personally to about 1,200 of them. In an interview posted on his English language website, Murakami stated that the secret to understanding the novel lies in reading it multiple times. Murakami: "Kafka on the Shore contains several riddles, but there aren't any solutions provided. Instead, several of these riddles combine, and through their interaction the possibility of a solution takes shape. And the form this solution takes will be different for each reader. To put it another way, the riddles function as part of the solution. It's hard to explain, but that's the kind of novel I set out to write."


30Aug

Billet par procuration

J'ai je ne sais combien de billets qu'il me reste à traduire et le WE arrive alors que j'ai encore plein de choses à raconter surle précédent... De clic en clic je suis tombé aujourd'hui sur un texte parlant d'un de mes auteurs favoris, Haruki Murakami (que ceux qui ne le connaissent pas encore lèvent le doigt, MZ j'espère que tu as fini le mouton sauvage que je t'ai laissé en partant de Mtp). Donc ce texte est signé Miguel Aubuy; et a été glané sur remue.net.
Dans la foulée je viens de profiter des frais de port gratuit d'une célèbre librairie en ligne pour commander (entre autres) Kafka on the shore, Marvin ton avis ?


Les héros d’Haruki Murakami sont des roseaux qui se couchent dans le vent de son imagination

Quelques grands artistes contemporains parcourent la frontière du réel car ils l’habitent. Au cinéma, c’est Atom Egoyan ou David Lynch. En littérature, c’est Haruki Murakami.

Les livres de Murakami sont étranges. Les histoires qu’il raconte sont improbables. [...] Mais ses livres ne sont jamais uniquement des étrangetés improbables. Ce sont toujours des objets de frontière qui évoquent autant le réel qu’ils ne parlent de ce qui est impossible.[...] Car, comme le dit l’un de ses personnages : « la vérité n’est pas forcément dans la réalité, et la réalité n’est peut-être pas la seule vérité ».

D’ailleurs, ce n’est pas tant l’imagination prodigieuse de Murakami qui tient ses romans, mais cette faculté qu’il a de lier l’impossible au monde quotidien comme si de rien n’était. Les personnages principaux que Murakami met en scène sont parfaitement ordinaires, mais la faculté qu’ils ont d’accueillir simplement, presque passivement, ce qui leur arrive d’inconcevable leur confère une étoffe de héros. Ils sont des roseaux qui se couchent dans le vent de son imagination. Cette seule qualité leur permet de survivre. [...]

C’est pourquoi, il y a toujours plus qu’une leçon dans les livres de Murakami, il y a une interpellation, et dans une moindre mesure (pour ses lecteurs qui travaillent directement le matériau imaginaire) : un avertissement. Du temps de Cervantes, l’imaginaire était essentiellement une force de subversion, un espace de liberté, quelque chose comme une arme afin d’échapper aux formes du pouvoir qui n’arrivaient pas à exercer pleinement leur contrôle jusque dans nos cerveaux, malgré la religion. Dans notre monde, l’imaginaire est devenu un enjeu explicite du pouvoir. Haruki Murakami n’est sans doute pas le premier clairvoyant à avoir réalisé le formidable renversement qui s’est opéré dans l’occident au sujet de l’imaginaire, mais il est peut-être celui qui a trouvé la plus belle forme pour en rendre compte. Notre art, disait Kafka, c’est d’être aveuglé par la vérité ; seule est vraie la lumière sur la face grotesque qui recule, rien d’autre.

Miguel Aubouy - 29 août 2007

25Jun

Le premier homme

Je viens de finir un roman posthume d'Albert Camus ; inachevé lors de la mort accidentelle de l'auteur, il a été mis en forme par Francine Camus. Bien qu'inachevé, le texte marque d'abord par sa maîtrise formelle, l'écriture est magnifique. Elle est simple en apparence, nul besoin de la lire et la relire pour comprendre une phrase, mais elle a quelque chose d'envoûtant, certaines phrases réussissent à s'étendre sur plus d'une page, sans pourtant qu'on s'y perdre, c'est juste toute une bouffée de souvenirs qui sont reliés dans leur narration comme ils sont visiblement reliés dans le coeur de l'auteur, "tout naturellement" ils ne font qu'un.

Le récit, d'inspiration autobiographique, nous raconte l'enfance d'un orphelin, élevé à Alger par sa mère et sa grand-mère ; ce récit est coupé de temps en temps par celui du même enfant, 40 ans plus tard, recherchant des traces du père qu'il n'a jamais connus car mort à la guerre quelques mois à peine après la naissance de son fils. A côté de la figure de ce père absent, celle de l'instituteur qui a remplis une part du vide.

Je n'ai pensé qu'à la fin à noter quelques phrases qui me marquaient ou que je trouvais particulièrement belles. En fait je vais essayer de le faire plus souvent par la suite. En tout cas le manuscrit de Camus est rempli de phrases qui pourraient donner lieu à de longues discussions estivales. Probablement il en aurait enlevé beaucoup dans la version finale, elles apparaissent tellement comme un commentaire de l'auteur sur l'histoire racontée par le narrateur. Une première au sujet de la hantise du chômage et des replis nationalistes qu'elle provoque :
Ce n'était pas la domination du monde ou des privilèges d'argent et de loisir que ces nationalistes inattendus disputaient aux autres nationalités, mais le privilège de la servitude.

Puis plus loin, dans le seul chapitre qui aborde, brièvement, la vie amoureuse du personnage principal :
..., et il l'avait aimée à cause de sa beauté et de cette folie de vivre, généreuse et désespérée, qui était la sienne et qui lui faisait refuser, refuser que le temps puisse passer, bien qu'elle sût qu'il passât à ce moment même, ne voulant pas qu'on puisse dire d'elle un jour qu'elle était encore jeune, mais rester jeune au contraire, toujours jeune, ...

Un très beau livre donc, que je recommande et qui m'a donné envie de (re-)creuser l'oeuvre de Camus.

08May

En attendant le vote des bêtes sauvages

En avant propos, il n'y a aucun, mais alors aucun, lien de cause à effet entre ce post et les résultats de l'élection présidentielle.



J'avais déjà parlé de ce roman sur le blog initial, il faisait partie de ma liste de lecture, c'est maintenant chose faite, l'aller-retour København-Paris de ce week-end m'a permis d'achever sa lecture. Ce roman d'Ahmadou Kourouma mime la narration traditionnelle des griots pour nous raconter l'arrivée au pouvoir et le règne d'un dictateur africain. Finalement avec beaucoup d'humour il montre comment la rencontre entre les pratiques coloniales et les traditions tribales aboutissent à des dictateurs qui ne sont pas que sanguinaires. Une lecture très enrichissante, toute en subtilité qui évidemment n'a pas du ravir les chefs d'état utilisés comme "modèles" de cette pseudo-fiction.