Il y a quelques semaines le Danemark a renouvelé son parlement. Dans une monarchie parlementaire, c'est l'élection la plus importante du pays. Au sujet de l'organisation des élections, il y a quelques spécificités au scrutin danois : tout d'abord une chambre va rarement au terme de son mandat, le premier ministre ayant le droit de convoquer de nouvelles élections, les élections sont appelées quand le gouvernement en place juge les conditions favorables à sa réélection. Celle-ci avait 2 ans et demi. Les partis sont tous officiellement désignés par une lettre en plus de leur sigle. L'affichage ne se fait pas sur des panneaux publics comme en France mais sur des panneaux en bois fixés aux poteaux et aux clôtures par les militants. Cela donne lieu à une surprenante métamorphose des rues et donne aussi la couleur militante des quartiers.
En l'occurrence deux causes principales ont conduit à l'appel anticipé d'élections :
l'apparition l'année dernière d'un nouveau parti, Ny Alliance, créé par la dissidence de l'aile droite de "Radikal Venstre" (i.e la gauche radicale, un parti de centre-gauche, comprendre plus au centre que socio-démocrate) offrait à Rasmunsen l'espoir de pouvoir constituer une nouvelle majorité, sans le soutien du Dansk Folkeparti, parti d'extrême droite qui appartenait à la coalition au pouvoir.
un contexte économique florissant pour le Danemark qui permet au premier ministre de ne pas avoir à défendre son bilan le Dk a actuellement le taux de chômage le plus faible de son histoire.
Donc après 1 mois de suspense sur la date précise des élections anticipées, celle-ci ont finalement été convoquées... mais n'ont pas abouti au résultat escompté. Venstre (ce qui signifie gauche en danois mais correspond au principal parti de droite auquel appartient le premier ministre, Anders Fogh Rasmussen) reste le 1er parti avec 46 sièges mais il en a perdu 6, alors que son allié de droite, le Dansk Folkeparti en a gagné 1 (portant sa représentation à 25 sièges). Le Konservative Folkeparti quant à lui est resté stable à 18 sièges. Côté gauche, la scission de Radikale Venstre a couté aux deux, et le principal parti, Socialdemokraterne, en obtenant 45 sièges, n'arrive pas à renverser son adversaire et au contraire voit sa représentation s'éroder.
Le gouvernement a été annoncé cette semaine mais je n'a pas encore récupéré sa composition.
Néanmoins, le suffrage danois est très intéressant car malgré les profondes différences sociétales qui peuvent exister entre le Danemark et la France, on peut faire plusieurs analogies :
- tout d'abord la force de l'extrême droite, pas sous sa forme la plus tapageuse style groupuscule néo-nazi, mais qui néanmoins fait recette d'un discours basé sur la stigmatisation des étrangers (arabes de préférences), la valorisation des "racines" et des "valeurs nationales". Je ne crois pas qu'il y ait actuellement un pays européen qui échappe à cette tendance lourde, de Flandre en Italie en passant par les lois Hortefeux (qui sont plus que les seuls tests ADN...) de la Sarko-France, les discours et politiques d'extrême droite sont présents un peu partout et les cordons sanitaires ont soit explosé, soit se sont estompés.
- la tentation d'un "nouveau centre" reçoit toujours un meilleur accueil pré-electoral que dans les urnes. Finalement à force de parler de par rapport à qui on est, on fait la démonstration qu'on n'est qu'une machine électorale incapable de définir ses propres lignes directrice de pensée, Bayrou ne fait pas mieux que Naser Khader (le fondateur de Ny Alliance)
- il n'y pas (plus ?) de Parti Communiste au Danemark, un groupe étiqueté verts-extrême gauche arrive à grappiller quelques sièges mais celà reste très minoritaire ;en revanche il y a deux gros partis de gauche, le parti socio-démocrate et le parti socialiste.
Finalement les résultats ne sont pas vraiment surprenant : un renversement de majorité aurait été franchement inattendu et le raidissement récent de la société danoise n'est un secret pour personne, en particulier pour les expat's directement sensibles à ce comportement. En fait la plus grande surprise a été la rupture d'un a priori classique au Danemark qui dit que c'est la faute du Jutland si le DanskeFolk Parti est si fort. Et bien l'examen circonscription par circonscription a montré qu'à l'exception de quelques districts (comme Nørrebro) montre que le Danemark dans son ensemble vote à 13% pour eux, sans variation significative d'une île à une autre.
Moralité : ben y a du boulot ! et mes expériences de ce WE (à venir dans un autre billet) ne me rendent pas vraiment optimistes...